L'apprentissage selon Macron
Les réformes promises par le nouveau président pourraient elles changer la donne?
Ministre de l'économie du gouvernement Hollande, Emmanuel Macron annonçait déjà son programme pour réformer l'apprentissage.

Il déclarait lors d'une visite dans un CFA en janvier 2016: « avec un CAP vous pouvez coiffer à domicile ou en maison de retraite, mais pas ouvrir un salon. Le but de cette réforme est de pouvoir le faire », et il ajoutait :« ...est-ce que je dois vous interdire d'ouvrir un salon parce que vous n'avez pas un diplôme en comptabilité, j'estime que non. Il ne faut pas interdire aux jeunes d'être entrepreneurs d'eux-mêmes ».

Une déclaration qui suscitait l'enthousiasme des jeunes, mais l'inquiétude chez les plus vieux, déjà installés, et qui redoutent un accroissement de la concurrence. Réponse du ministre : « Vous savez, c'est bien la concurrence. On est dans un pays où il y a de plus en plus de monde ». Ce langage libéré, certains diront libéral, à conduit de nombreux jeunes à placer un bulletin Macron dans l'urne aux élections présidentielles et ont largement contribué à sa victoire.

Élu aujourd'hui avec plus de 60% de voix, le nouveau président devra cependant trouver une majorité à l'assemblée nationale pour gouverner et mettre en oeuvre son programme. Le mouvement qui l'a porté, "en Marche", qui devient un parti: "La République en Marche", ne compte aucun député! Et pour cause, il n'existe que depuis quelques mois!

C'est le nouveau pari politique du jeune président qui n'en a encore perdu aucun:)

1,5 millions d’apprentis allemands, 800 000 en Angleterre, 400 000 en France. Le taux de chômage des jeunes est de 8% outre-Rhin, contre 24% dans l’hexagone. Hazard ou conséquence ?

Le programme d'Emmanuel Macron se fonde sur un principe assez clair:
« Renforcer l’apprentissage, c’est d’abord en faciliter l’accès : nous nous engageons à rendre l’apprentissage plus simple et lisible pour les entreprises. Renforcer l’apprentissage, c’est ensuite le rendre plus efficace : nous ferons de l’alternance le cœur de l’enseignement professionnel et la voie d’accès privilégiée aux emplois de qualification moyenne. »

Un programme ambitieux auquel s'ajoutent des dispositions inédites et courageuses pour l'éducation nationale; Comme limiter à 12 le nombre d’élèves par enseignant dans les classes de CP et de CE1 en zone prioritaire, pour lutter contre l’échec scolaire et les inégalités.;

Le nouveau président français veut dynamiser l'Europe, briser tabous et préjugés, simplifier et réformer. On veut le croire :)

L'espoir est grand qu'il y parvienne pourvu qu'il ait sa majorité à l'assemblée!
Christophe Montoriol   -  07/05/2017
Un petit billet pour améliorer l'ordinaire
Le cadeau d'adieu de françois Hollande aux apprentis
Une prime de 335 euros,

Le geste est significatif, il marque la volonté du gouvernement sortant de considérer les difficultés des jeunes en apprentissage, dont le salaire est minimum et l'effort constant.

En effet un apprenti de dix huit ans en première année perçoit un salaire de 600 euros, qui lui permet tout juste de survivre si il n'a pas la chance d'être soutenu par sa famille.
Pour pouvoir en bénéficier la date de début d’exécution de contrat doit se situer entre le 1er juin 2016 et le 31 mai 2017.

L'aide est versée une seule fois à l’apprenti. par virement bancaire. Elle est cumulable avec toutes les autres aides, y compris les prestations sociales.

Comment en bénéficier ?

Chaque apprenti doit recevoir un courrier officiel de l'administration qui lui indiquera la procédure à suivre - en deux étapes - pour bénéficier de cette aide.

A quel moment ce courrier sera t'il envoyé aux apprentis? Pour les contrats ayant commencé entre le 1er juin 2016 et le 31 décembre 2016 : les courriers officiels sont envoyés au cours du mois d'avril 2017. Et pour les contrats ayant commencé entre le 1er janvier 2017 et le 31 mai 2017 : les courriers sont envoyés au cours du mois de juin 2017.

Vous pouvez accéder à toutes les infos utiles sur le site officiel du gouvernement, dont vous trouverez le lien à la fin de cet article.
Christophe Montoriol   -  08/03/2017
L'oeuvre folle des pâtissiers français
Coupe du Monde de Pâtisserie
Tous les deux ans se tient l'événement réfèrent de l'art pâtissier dans le monde : la Coupe du Monde de la Pâtisserie.

Au terme de cinquante sélections nationales et quatre sélections continentales en Afrique, en Europe, en Asie et en Amérique Latine, 22 équipes composées des talents les plus prometteurs du moment se sont réunis à Lyon en janvier pour une finale d'exception.

Un souffle nouveau dans cette édition 2017, trois nouvelles nations ont participé pour la première fois : l’Indonésie, l’Inde et le Chili.

Un championnat plus que jamais sous le sceau de la finesse et de la précision technique, nécessaires à la réalisation de ces véritables œuvres d'art éphémères.

La France remporte l'épreuve grâce à Etienne LEROY, Bastien GIRARD et Jean-Thomas SCHNEIDER qui signe une œuvre magistrale très rock. Suivi par une équipe japonaise: Takahiro KOMAI, Yoshiaki UEZAKI et Takao YAMAMOTO et enfin les suisses (grands spécialistes du chocolat) : Cédric PILLOUD, Jorge CARDOSO et Jean-Baptiste JOLLIET.

Lire l'interview des vainqueurs en cliquant sur le lien suivant.
xofribas  -  30/01/2017
Une web-série qui aide à comprendre les maths
Qui a dit que les maths sont complexes? SIMPLEX montre des solutions !
SIMPLEX est une web-série d’animation et un jeu destinés aux ados. Elle nous fait suivre les aventures de quatre jeunes : Ines, Marion, Tom et Julien.

Face à eux, un petit malin matheu s’est mis en tête de les aider et de leur démontrer comment le raisonnement mathématique peut aider dans la vie de tous les jours.

Chaque épisode de la série (10X4mn) est dédié à un théorème mathématique.

Il prend la forme d’une difficulté concrète, réaliste, connectée au quotidien.
Pour faire évoluer la problématique, les quatre adolescents doivent solliciter leur logique, leur connaissance générale et grâce à la pédagogie du bienveillant Evariste, ...trouver la solution mathématique.

A l’inverse d’une approche scolaire, qui emmène les adolescents dans l’univers des maths, Simplex amène les maths dans le monde des adolescents.
CM  -  29/09/2016
92% des jeunes sont confiants dans leur réussite
Plus de 1 000 jeunes répondent à l'enquête d'Apprentis d'Auteuil
Apprentis d’Auteuil, qui accompagne 30 000 jeunes et familles en difficulté en France, publiait fin 2016, les résultats d’une enquête inédite sur « les jeunes et la réussite » .

« Pensez-vous que vous allez réussir votre vie ? »
« Quels sont les critères les plus importants pour réussir votre
vie ? »

Plus de 1000 jeunes de 16 à 24 ans ont été interrogés par Opinion Way*.

L’enquête révèle la confiance des jeunes dans leur avenir : 92% pensent qu’ils vont réussir leur vie. Une réussite qui repose sur de vrais projets de vie : une carrière épanouissante et une famille heureuse, et qui suppose confiance en soi et implication dans le travail.

76% d’entre eux estiment qu’il sera plus difficile de réussir leur vie que pour leurs parents. Pour 32% des jeunes, le critère le plus important pour réussir sa vie est une carrière professionnelle épanouissante, pour 32% une famille heureuse.

Pour 22%, le critère le plus important pour réussir sa vie est la confiance en soi et pour 14% c'est l’implication dans le travail le critère de réussite.
R.Com  -  25/05/2016
Garantie Jeunes
L'assurance d'un traitement inégal?
Nouveau dispositif du gouvernement: « La Garantie Jeunes est destiné à aider les jeunes de 16 à 25 ans en situation de précarité dans leur accès à l’autonomie et à l’insertion professionnelle, conclue sous la forme d’un contrat réciproque d’engagements d’un an entre un jeune et une mission locale...»

Cette garantie qui offre 470 euros par mois aux jeunes en rupture scolaire et sans emploi est une disposition généreuse et utile. Sans doute de nombreux jeunes se détournent de la citoyenneté par dépit tant ils connaissent de difficultés à entrer dans la vie active.

Mais quelle méprise dans la précipitation! Pressé d'apaiser la jeunesse des barricades qui hurlent contre la loi Travail dont la discussion au parlement commence cette semaine, Manuel Valls en oublie les apprentis et risque fort de voir s'élever un nouveau front.

Un apprenti de moins de dix huit ans en première année d'apprentissage perçoit un salaire de 365 euros (25% du SMIC), soit 100 euros de moins que la Garantie Jeunes! La jeunesse qui travaille a la chance d'avoir un emploi, certes, mais le message pourra lui paraître équivoque: attendez donc d'avoir dix huit ans avant d'entrer en apprentissage! [*]

Voici que resurgissent les vieilles lanternes et les combats perdus sur l'apprentissage Junior, haï par les responsables socialistes. Car en dépit des apparences et des déclarations opportunes, L'Education Nationale n'a jamais laché le morceau: pour elle, à quinze, seize ou dix sept ans, il est toujours trop tôt pour entrer en apprentissage. De ce point de vue la Garantie Jeunes, en décourageant les jeunes apprentis mineurs, devrait être une bonne affaire.

Reste que cette mesure crée un traitement discriminant envers les jeunes apprentis. Et même si, moins politisés que leurs camarades étudiants, il y a peu à craindre qu'ils descendent dans la rue, la classe politique et les réseaux professionnels devraient s'en émouvoir.

Quelle maladresse! Il eut été sans doute pertinent de hausser au même niveau (470 €) le salaire des apprentis mineurs en première année, par une indemnité compensatrice, conjointement avec la Garantie Jeunes.

C'est la suggestion de L'APPRENTI, il n'est jamais trop tard pour bien faire!

* [A dix huit ans, le salaire d'un apprenti en première année: 600 €]
Christophe Montoriol  -  29/04/2016
ApprentiScènes
Dans le titre, tout un programme!
Celui du théatre où se jouent des comédies et des drames en treize actes, chaque soir, pendant une semaine en ce mois d'avril.

Les acteurs ne sont pas ceux que l'on voit habituellement sur une scène, sinon celle d'un commerce, d'un atelier ou d'un bureau.

Mais les apprentis sur la scène du théatre du Gymnase sont des artistes, indéniablement. Leur défi paraît insensé, formés aux techniques de la comédie en douze jours il leur faudra imaginer, écrire, répéter puis enfin jouer une pièce face au public dans un grand théatre parisien.

S'offrir en spectacle au regard de l'autre, par le geste et la parole n'est pas chose facile à un ébéniste, un boucher, un commercial ou même à un employé des ressources humaines à qui on n'en demande généralement pas tant!

Sur un thème associé au métier qu'ils ont choisi ou sur un sujet plus général (philo, politique, social) treize formations de quatre ou cinq apprentis se jettent chaque soir sur la scène avec un coeur énorme, afin d'émouvoir le public et emporter l'adhésion du jury qui doit établir un classement à la fin du spectacle.

En amont de la performance face au public, on imagine l'effort à produire pour surmonter l'ihnibition, le trac, la difficile maitrise du texte, du jeu d'acteur. Courage et audace sont des prédispositions requises bien avant le lever du rideau.

Le résultat est spectaculaire, on est bien au théatre! L'énergie, la créativité des scénarii entrainent le spectateur dans des comédies rocambolesques, surréalistes où l'humour et la dérision sont parfois cruelles mais toujours teintés d'une humanité sincère et touchante. Après un moment de stupeur l'enthousiasme gagne le public et impressionne même les professionnels du jury, metteurs en scènes, comédiens ou journalistes. Dur métier que celui de Jury; Comment départager et désigner la meilleure formation à l'issue du concours, au milieu de tous ces talents ?

Heureusement plusieurs prix les distingueront, le premier prix sera attribué aux apprentis mécaniciens de l'Institut National du Cycle et du Motocycle, avec une scène intitulée "Confiance" qui établit l'importance de l'affirmation de soi et de ses qualités pour convaincre un employeur (vidéo ci-dessous).

Une belle démonstration qui aura fait l'unanimité malgré le plateau très brillant des prétendants à la victoire (voir tous les prix en téléchargeant le palmarès en PDF en fin d'article).

L'édition 2016 d'Apprentiscènes a connu un succès qui ne se dément pas depuis dix ans que la Région Ile de France soutient efficacement l'évènement (sacré meilleur événement éducatif européen au Festival International de l'Evénement et la Communication Live en 2015).

Gageons que la nouvelle direction Régionale qu'anime désormais Valérie Pécresse maintienne cette belle initiative qui crédite l'apprentissage d'un prix décisif celui-là: une image positive, valorisante et enthousiaste.

Christophe Montoriol  -  11/04/2016
T’aimerais être prof, toi ?
Une analyse de Dominique Macaire de l'université de Lorraine qui s'interroge sur le plus beau métier du monde

Prof ? On le disait volontiers « le plus beau métier du monde ». Ah oui…. ? Tiens, voilà qu’il est réputé franchement moins attractif de nos jours, ce métier-là. Et pourtant, direz-vous, l’industrie cinématographique s’intéresse à cette profession, ce que ne dément pas le succès de films comme La guerre des boutons, Mourir d’aimer, Les choriste, Être et avoir, Les profs, Le pion, Les désarrois de l’élève Törless, Diabolo Menthe, ou encore de documentaires comme Sur le chemin de l’école, dont certains sont disponibles en streaming, voire de séries TV à heure de grande écoute comme Parents-Profs.

Le site SensCritique propose même de passer aux élèves des films sur les profs. Alors que penser de ce métier ?

Chacun d’entre nous a en mémoire un enseignant qu’il a apprécié ou détesté ! Pas vrai ? Certains parlent avec des trémolos dans la voix de leur premier enseignant (la mienne avait de longs cheveux bruns… le mien était trop sévère…).

Donc les profs influencent leurs élèves, semble-t-il. La relation est importante dans l’acte d’apprendre, nul ne le contredit. Et le « modèle » de l’enseignant demeure un paramètre central de l’apprentissage, du moins aux dires des apprenants. « Et toi, tu veux devenir prof ? », se demandent pourtant les jeunes.

Prof, un métier nettement moins en vogue

Une récente publication de l’OCDE (2015) s’intéresse à l’envie de devenir professeur chez les étudiants des pays de l’OCDE.

Elle aboutit au constat que seuls 5 % d’entre eux choisissent cette profession avec une légère préférence chez les filles : 3 % sont des garçons, 6 % des filles, mais sans aucune incidence de genre dans certains pays comme la Bulgarie, l’Indonésie, le Japon, ou la Suisse.

Le niveau de rémunération est sans nul doute une explication à ce désamour de la profession enseignante, puisque les enseignants gagnent en proportion et en moyenne 85 à 92 % du salaire des employés du secteur tertiaire, toujours selon les chiffres de l’OCDE. Ils sont donc rémunérés en dessous des autres employés du tertiaire.

Nombre de détracteurs diront toutefois à tort que leur salaire est à rapporter aux vacances dont ils bénéficient. Les enseignants en France n’ont pas vu de réactualisation de leur point d’indice depuis… 2010 ! Ceci s’est apprécié à la manifestation du 26 janvier avec ses 130 à 150 000 personnes dans la rue.

Cela n’étonnera guère : c’est dans les pays où l’enseignant est le mieux rémunéré que la profession semble la plus attractive : c’est le cas de la Corée, de l’Indonésie, de l’Irlande du Sud, du Japon ou encore du Luxembourg et de la Turquie, pour ne nommer que ces pays arrivant en tête des statistiques.

On peut retenir de l’étude de l’OCDE que la valeur sociale attribuée à toute profession génère pour elle une plus ou moins grande attractivité chez les jeunes qui s’interrogent sur leur avenir à l’heure du choix.

Effectivement, depuis des décennies en France, la profession enseignante a perdu de son statut social élevé. Qui ne se souvient pas des instituteurs de campagne ? L’instituteur était l’un des notables de village dans les années d’après-guerre encore. Il n’en est plus ainsi, preuve en sont les agressions dont sont victimes les enseignants et les scandales qui entachent la profession, auxquels certains confèrent une valeur généralisante.

La situation devient problématique dès lors que le vivier de personnes désirant entrer dans la profession n’est pas suffisant au regard du nombre de postes offerts. Le recrutement peut certes se targuer d’être fait par concours, mais certaines disciplines sont dans la pénurie de candidats, notamment les mathématiques dans le secondaire, ou l’anglais, alors que d’autres professions mieux valorisées socialement et financièrement sont offertes à niveau de formation égal, attirant, toujours selon l’OCDE, les candidats les plus performants.

En outre, la garantie d’emploi dans la fonction publique conférée par le concours de recrutement ne fait plus vraiment recette pour une génération qui se dit qu’elle n’exercera sans doute pas le même métier toute sa vie.

Etre prof en France

En France, les conditions d’exercice de la profession enseignante s’avèrent difficiles au quotidien : classes chargée, programmes lourds, contextes d’écoles peu porteurs, trop rare formation aux mutations de la société, tels la violence, le handicap, le plurilinguisme, les migrations, logique descendante de mise en œuvre, non-concertation et faible congruence du top down et du bottom up, attentes fortes des parents et démotivation des jeunes… Un constat alarmant.

La formation initiale dans les ESPÉ (écoles supérieures du professorat et de l’éducation) revisite régulièrement cette profession à grands coups de référentiels de compétences, mais le résultat chez les jeunes enseignants reste déprimant : la pédagogie reste l’une des premières sources de problèmes pour eux.

L’alternance est trop ponctuelle, le geste n’est pas accompagné avec suffisamment de régularité ou de cohérence, ni vraiment en situation, parfois il ne conduit pas à une posture de « praticien réfléchi », les questions vives demeurent et la prise en compte des recherches les plus récentes reste souvent lettre morte dans la formation.

Les représentations du métier et de la discipline constituent des obstacles non négligeables. Certains outils de réflexivité comme les portfolios ne sont pas ou sont peu diffusés par les formateurs. Ainsi, les blogs fleurissent pour aider et soutenir et ce sont souvent eux qui apportent des solutions par le biais des pairs.

Et la recherche ? Bien des laboratoires, mais aussi l’Ifé, à Lyon dans ses dossiers de veille et avec sa chaire UNESCO, travaillent sur la professionnalisation des enseignants. Voilà un sujet porteur.

Le numéro de janvier 2016 des dossiers de veille Ifé porte de façon non innocente sur le changement : le changement, c’est comment ?. Ce qui permet à Olivier Rey, le rédacteur en chef, de constater que si les structures et dispositifs changent, les pratiques d’enseignement, elles, font preuve d’une impressionnante stabilité. Là aussi, un constat inquiétant.

Efficacité et changement de l’institution scolaire

Le changement a été longtemps sollicité par une conception top down des politiques éducatives en France. On en veut pour preuve le rôle des IPR (inspecteur pédagogique régional) et IEN (inspecteur de l’éducation nationale). Il a ensuite été encouragé par le recours à la diffusion de bonnes pratiques reconnues, dont on attend qu’elles soient pour ainsi dire transférables, sans avoir à être repensées, voire recontextualisées. Notons que l’Europe a été un fort pourvoyeur de bonnes pratiques dans les années 2000, avec, par exemple, le financement de projets et d’outils accompagnant le Cadre européen Commun de référence pour les Langues vivantes en 2001.

Ces deux approches, le top down et les bonnes pratiques, centrent l’école et le métier d’enseignant sur des aspects modélisables. La part d’autonomie, de réflexion et de décision de l’enseignant y est minime.

Où trouver le sens des apprentissages ? On n’est pas loin d’envisager que les réformes successives depuis les années 70 adossées à ces principes aient pu démoraliser ou faire démissionner certains enseignants par le côté séquentiel et techniciste à l’œuvre. Bien des enseignants en quête de recettes en sont les héritiers.

Depuis deux décennies environ, un courant venu des USA pénètre l’institution scolaire, le School effectiveness ou le School improvement. Ce courant recherche les conditions locales de l’efficacité au niveau des établissements. Il s’agit d’une approche plus globalisante et compréhensive des situations. De modèles intangibles, on passe aux dispositifs et environnements favorisant le changement. Les acteurs y trouvent mieux leur place.

La recherche s’oriente depuis vers une réflexion plus holistique de ce qui peut contribuer au changement, comme le montrent les travaux de Hopkins (2016) ou ceux de Spillane (2014) qui recentre l’analyse sur les contenus didactiques et notamment sur les interactions.

Mais les enjeux suffisent-ils à engager l’action ? À produire du changement ? Rey affirme : « Autrement dit, on accepte l’idée que ce qu’on appelle le système éducatif soit le produit d’interactions entre acteurs et organisations qui disposent parfois d’une certaine autonomie et n’obéissent pas tous à la même logique. Cette vision accorde plus d’importance à la pluralité des logiques qui coexistent tant au niveau « vertical » (Éducation nationale, administration, disciplines…) qu’au niveau « horizontal » entre établissements, réseaux, collectivités ».

A-t-on perdu l’enseignant en route ?

Depuis quelques années existe le concept de « didactique professionnelle », une logique non bureaucratique dont les acteurs sont essentiels à l’aide au changement. Il y a beaucoup à chercher de ce côté là.

Le mouvement de balancier prof/enseignement-élève/apprentissage-didactique professionnelle intéresse au plus haut point. De nos jours, la valeur de l’action partagée et de l’expérience d’une communauté enseignante (visible sur les sites et forums), de l’organisation apprenante contribuent à impulser l’idée selon laquelle le groupe est déterminant à côté de l’intention ou de l’action du professionnel isolé.

Pour caractériser le changement, l’affaire est assez complexe. On retient des moments-clés critiques, qui caractérisent les ruptures et engagent le changement.

Il semble que « la composante clé dans le processus du développement professionnel soit le fait qu’un individu reconnaisse et prenne en compte un changement comme une meilleure manière de faire que celle qui précédait » (Rey, 2016). Ainsi, les représentations sociales et les croyances à l’œuvre sont-elles centrales dans l’évolution que peut espérer l’école pour professionnaliser ses enseignants.

Dès lors, les politiques publiques semblent-elles à la recherche de l’efficacité au risque de stigmatiser les enseignants. Ne nous trompons pas de responsable, comme le dit Alain Rey : « Bien souvent, ce sont de vrais choix de conception de politique publique qui expliquent les difficultés rencontrées, choix dont ils les [décideurs] sont éminemment responsables… ».

La recherche actuelle se centre sur la connaissance des gestes professionnels de l’enseignant, sur ses pratiques données à voir et dites, sur ses croyances également. C’est la Teacher cognition.

Connaître les enseignants et mesurer – dans le sens non d’évaluer, mais de comprendre – leurs schèmes d’action aiderait à mieux les accompagner dans leur professionnalisation et de ce fait à leur faciliter l’exercice de leur quotidien.

Être prof aujourd’hui, un joli défi, mais bien peu de jeunes y vont…

Dominique Macaire, Université de Lorraine  -  27/01/2016
La révolution en marche
Le nouveau plan pour l'apprentissage de François Hollande: la révolution culturelle annoncée?
« Dans la tempête, une main pour soi, l'autre pour le bateau » aimait à rappeler
le fameux Captain Cap qui s'émouvait de la maladresse des marins perdus en mer.

Une main pour se garantir, une autre pour agir. Mais le capitaine convenait aussi que quand le bateau sombre il est bien inutile de s'accrocher aux haubans. Certains prétendent que les récits du célèbre navigateur figurent en bonne place dans la bibliothèque de François Hollande. On peut le croire après l'annonce des nouvelles mesures pour la relance de l'apprentissage, noyé dans le naufrage de l'emploi en France.

Depuis Jules Ferry l'apprentissage est une voie scolaire pilotée par l'éducation Nationale et ses académies. Aujourd'hui, le chef de l'État souhaite ouvrir une deuxième voie d'accès qui dépendra du ministère du Travail.

Un changement? Non, une révolution!

La surprise est grande quand La gauche, sur les principes de l'éducation pour tous et de l'égalité des chances, a toujours maintenu le dogme sous la garantie exclusive de l'Education Nationale.

Mais dans la tempête qui fait rage, force est de constater que le barreur a perdu le cap. Dans sa grande oeuvre, l'Education Nationale a abandonné près de 120 000 jeunes sur le quai, sans diplôme, sans qualification. L'équivalent d'une ville moyenne en France!

Certes la grande maison reste admirable et peut s'ennorgueillir du succès des 42 % de jeunes sortants de formation initiale qui, tous les ans, sont diplômés de l’enseignement supérieur. On en comptait pas la moitié il y a quarante ans!

Ces diplômés ont toutes les chances de trouver un emploi, mais les autres?

« Beaucoup ont au moins le baccalauréat » répondent certains moralisateurs qui n'en emploieraient aucun.

Reste donc à former tous ces jeunes à un métier, avec une effort particulier pour ceux qui sortent du système scolaire chaque année. Hélas, ici, l'Education Nationale commence à bafouiller: près de 2 millions de jeunes sont sans emploi ni diplôme en France, un résultat éloquent. Assez sans doute pour décider le chef de l'état d'ouvrir la main sur les principes et d'agir avec l'autre. Prêt à déléguer au ministère du Travail une autre voie d'accès à l'apprentissage, bravant l'hérésie le président annonce les nouvelles mesures;

Au moment de leur orientation, les élèves pourront choisir de s'engager vers un enseignement exclusivement professionnel dans un CFA. Fini les matières générales, les branches professionnelles contribueront à définir les programmes, au plus près des besoins des entreprises. Un jury de professionnels délivrera les titres.

Plus de souplesse aussi avec les dates d'entrée en apprentissage: indépendant du système scolaire les contrats pourront être signés à n'importe quel moment de l'année.

Révolution culturelle, sûrement, effet d'une lente érosion du dogme par les bouleversements d'une société qui ne conduit pas forcément à l'inégalité. En préalable, ce n'est pas l'égalité des connaissances que l'on vise mais celle de la dignité, impossible sans un métier.

Le Captain Cap disait sans rire: « Les préjugés, c'est ce qu'on doit juger en premier ». François Hollande a dû le lire.
Christophe Montoriol   -  26/01/2016
Le monde de l’éducation face aux défis des réseaux
Enrayer la spirale de l’échec et conforter la citoyenneté

L’éducation en France doit relever deux défis majeurs. Le premier, c’est enrayer la spirale de l’échec, qui voit régulièrement les scores français baisser dans le classement PISA, reproduisant les élites et les déclassés de l’école.

Le second est lié à la citoyenneté, qui risque de s’émietter, se fragiliser pour des jeunes en mal de repères.

Face à un monde multipolaire, complexe et désenchanté, Internet propose une constellation informationnelle déréglée, horizontale, où les réseaux sociaux et les moteurs de recherche peuvent à la fois contribuer à une socialisation positive, mais aussi à véhiculer les idéologies les plus dangereuses.

Cela peut creuser des fractures générationnelles et sociales de façon irrémédiable. Ces deux gageures ne sont pas sans attaches l’une avec l’autre.

L’innovation pédagogique

En Finlande, la culture de l’innovation pédagogique a transformé en profondeur les politiques éducatives, passant d’un système centralisé imposant un programme, à un système décentralisé où les enseignants sont encouragés à développer des programmes créatifs.

Non seulement la Finlande se classe en tête de classement (PISA) pour les pays de l’OCDE, mais affiche le moins de variations de résultats entre les écoles. En France, la culture du savoir entraîne la peur de l’erreur, de la faute. Les élèves français, contrairement aux autres élèves européens, s’empêchent de répondre aux questions posées lorsqu’ils ne sont pas sûrs d’eux.

Il ne s’agit pas d’ouvrir un débat sur les notes, mais plutôt ce qui favorise ou a contrario annihile le désir d’apprendre. L’ouverture d’esprit ne signifie pas être sans règle et on peut proposer dans le cadre scolaire une organisation qui permet une logique de l’agir efficace et créative.

Mais, pour y parvenir, le pédagogue doit assouplir le fonctionnement de la classe et en premier faire le deuil d’une homogénéisation forcée du groupe d’apprenants dont il a la responsabilité.

Lorsque « le droit à la différence » est assumé, l’élève construit plus aisément des passerelles cognitives entre ses savoirs, ses savoir-être et son éthos, ce qui lui permet d’optimiser ses connaissances, prendre confiance en lui et oser des solutions originales, comme l’explique Hélène Trocmé-Fabre1.

Cette posture pédagogique ne va pas de soi, il faut partir de l’apprenant et de son rythme d’apprentissage. Cela pose aussi la question du sens que ce dernier donne à l’école et aux savoirs, de l’intérêt qu’il développe ou non d’y investir sa curiosité naturelle et son envie d’apprendre, afin de les transformer ensuite en travail et en exercices : « Ce qui s’exprime dans le rapport au savoir (et à l’école), c’est l’identité même de l’individu, constellation de repères, de pratiques, de mobiles et de buts engagée dans le temps et prenant forme réflexive dans une image de soi. Mais cette identité n’est pas seulement exprimée dans le rapport au savoir, elle y est aussi en jeu : être confronté à un apprentissage, à un savoir, à l’école, c’est y engager son identité et la mettre à l’épreuve »2.

Intégration des outils numériques

Le rapport de l’OCDE « Students, Computers and Learning : Making the Connection », montre que l’efficacité de l’intégration des outils numériques en classe dépend de l’adoption par les enseignants de nouvelles pédagogies – travail collaboratif en petits groupes, enseignement personnalisé, exploitation des compétences de chacun, plutôt qu’une homogénéisation forcée, qui toutes composent les principes de base d’une pédagogie inversée.

Les premières études évaluant les classes inversées indiquent un niveau de confiance supérieur aux cohortes qui reçoivent le cours de façon classique, une plus grande implication au sein du groupe et le renforcement du style d’apprentissage par intuition (Micah Stickel & Liu Qin, 2015), trois caractéristiques récurrentes de la créativité dans ses définitions et ses formes d’expression.

Les laboratoires de recherche, s’ils se voient doter des moyens nécessaires, ont tout intérêt à développer tant la recherche fondamentale que des recherches-actions à mener au sein de l’Éducation nationale et des universités elles-mêmes.

Une étude menée par la Commission européenne réalisée en 2014 et 2015 dans huit pays d’Europe (Allemagne, Espagne, France, Lituanie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni) préconise de considérer la technologie comme un instrument d’innovation et non comme une fin en soi dans les universités.

Les pays qui ont créé des agences nationales dédiées aux innovations pédagogiques voient leur conduite du changement accélérée. Elles peuvent évaluer plus aisément l’impact des expérimentations pédagogiques et des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), faire connaître et partager les bonnes pratiques.

Pour exemple, les e-portfolios, portefeuilles de compétences en ligne, qui incitent l’étudiant à réfléchir à sa formation, ses acquis, à évaluer son parcours tout en s’inscrivant dans une trajectoire de professionnalisation sont prometteurs. Ils peuvent se décliner aux formations initiales, continues et tout au long de la vie. Ils favorisent une posture réflexive des apprenants et valorisent leurs savoirs tout en mettant en lumière leurs réalisations personnelles, leur originalité. /p>

Éducation et citoyenneté

En 2008, la commission européenne a souligné l’importance pour chaque citoyen d’être apte à résoudre des problèmes, en manifestant des capacités d’analyse, d’autogestion et de communication, en travaillant en équipe, en ayant développé des compétences linguistiques et numériques.

Par sa définition même, l’éducation aux médias peut et doit être à la pointe des expérimentations. Les attentats qui ont secoué la France en janvier et en novembre 2015 ont rappelé avec acuité la nécessité d’une éducation aux médias dispensée de la maternelle à l’université et d’une recherche scientifique internationale de grande ampleur en ce domaine qui se saisisse de cette question socialement vive.

L’éducation aux médias peut se définir comme la capacité à accéder aux médias, à comprendre et apprécier, avec un sens critique, les différents aspects des médias et de leurs contenus, qui comprend une dimension créative et communicationnelle.

A l’ère du numérique, elle impose de développer tout à la fois l’analyse et la maîtrise des médias. Cela peut être vécu comme une contrainte, ce peut être aussi envisagé comme un formidable laboratoire d’expériences et d’accélération d’innovation pédagogique. La mutation numérique peut et doit accélérer le développement d’une pensée convergente et divergente au sein de l’institution scolaire, stimulant la créativité des élèves, encourageant les apprenants à l’autodidactie, à l’autoformation.

Inscrite au socle commun des connaissances en France depuis 2006, l’éducation aux médias doit envisager une éducation progressive aux médias et à ses enjeux, du premier degré au supérieur.

Pour réussir, la formation des enseignants est primordiale, tant en termes de contenus pédagogiques qu’au regard du positionnement qu’ils ont à adopter, qui doit allier la posture magistrale traditionnelle quand il s’agit d’analyser les médias et celle, plus proche du compagnonnage, lorsqu’il s’agit de produire des médias en contexte scolaire, les deux étant absolument nécessaires pour former les élèves à une éducation aux médias complète et efficace.

C’est un défi sociétal. Le développement du numérique et l’usage d’Internet sont susceptibles d’aider à le relever. Les médias représentent aujourd’hui un savoir médian. L’avantage de travailler l’éducation aux médias par l’analyse critique des médias et la créativité est qu’on travaille une approche systématique, continuelle et concertée.

Laurence Corroy, maître de conférences HDR / Université Sorbonne Nouvelle  -  24/01/2016

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